S H A D O W                O N                T H E                G R O U N D    

    S H A D O W                O N                T H E                G R O U N D    
                   I really hope you'll like it. This means a lot to me.
                   By the way, i'm coming from there.
                       
                   Bises,                                                                                                                                      & Tweet Tweet ; )
                   Fanny

                   Ps : L'article L.111-1 du Code de la Propriété Intellectuelle dispose que " L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit
                   sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous ".

# Posté le mardi 12 mai 2009 04:18

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 15:12

           C h a p i t r e                 1          

           C h a p i t r e                 1          
                                June Hebnigh-Link. C'est un peu long, c'est vrai. Mais qu'importe, June ne s'en soucie guère.
                Elle aime son nom. Son nom qui veut dire tellement plus qu'il n'y parait. Certains connaissent sa
                signification cachée. D'autres non et ne cherchent même pas à savoir. D'autres non plus et
                donneraient tout pour savoir. C'est dans la deuxième catégorie de personnes que June trouve de bons
                amis, même s'ils se font rares. Elle a su en trouver quelque uns à Savannah, sa ville natale. Enfin
                natale... si on veut, considérant le fait qu'elle fût conçue à Chicago. Elle n'a jamais mis les pieds dans
                cette ville, mais elle n'y tient pas. Là encore, certains savent pourquoi, d'autres pas. Qu'importe.

                Il y a quelques semaines, June s'est réinscrite à l'université de médecine de Savannah. Elle veut devenir chirurgien. Certains disent qu'elle veut faire comme son père. D'autres se contentent de l'admirer. Elle se fiche pas mal de ces étiquettes qui lui collent à la peau. Elle s'efforce de ne pas en tenir compte, de mener sa propre barque. Mener sa propre barque, entourée de son père et sa mère. Ses parents sont beaucoup plus que de simples parents pour elle. Ce ne sont pas deux personnes inaccessibles ou froides, qui se contentent d'approuver ses choix ou de la laisser faire. Non. Ils participent, ils plongent tête la première à sa suite. Ils écoutent du Busted et du McFly, ils lisent de l'Hemingway et vivent leur vie à fond. Ils la vivent à fond parce qu'il est grand temps de le faire et que c'est elle qui leur à permis de le faire, après tout. Parce que depuis qu'elle est venue au monde, la vie est plus rose pour eux. On pourrait presque leur attribuer le fameux « ils eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux » des contes de fées pour enfants. Presque. Presque parce que malgré le soleil qui perce à travers les rideaux, malgré le sourire de June, malgré son envie de vivre à deux cent pour cent, une ombre noircit toujours le tableau. Leur passé. Leur passé à chacun d'eux qui les empêche quelquefois de vivre sans regarder dans le rétroviseur. Pourtant, June s'efforce de les pousser vers l'avant, de leur dire de vivre. Mais que voulez-vous, elle ne peut pas les y forcer. Ils sont brisés au plus profond de leur être. Ce qui ne les empêche pas d'être extrêmement heureux, tout de même.

- Junie, ma chérie, tu vas vraiment être en retard !
- J'arrive papa !


                Elle l'imagine sourire dans sa barbe puis s'adosser à la porte, en l'attendant quelques minutes supplémentaires. La jeune fille attrape son sac au vol et descend les escaliers quatre à quatre, veillant à ne pas perdre un de ses ballerines en chemin.

- Alors, tu viens ? demande-t-elle à son père, ironique.
- Un jour, tu seras vraiment en retard, la morigène-t-il.
- Presses-toi au lieu de dire des bêtises.


                L'impala rugit et quitte le boulevard en direction de la fac de médecine, non loin de l'hôpital universitaire, à quelques dix minutes de la maison.
                Lorsque June descend, son père a le temps de lui glisser un « et tâche d'écouter ton cours de latin ! » en riant, avant que Léa ne l'interpelle. Elle accourt vers June avant que celle-ci n'ai le temps de répondre et lui fait une bise pleine de bons sentiments avant de lui sourire, tellement la joie de vivre l'étouffe depuis qu'elle sort avec ce beau blond. June secoue la tête en souriant et se dirige vers l'amphi en compagnie de son amie. Le même jeune homme brun que la veille lui sourit faiblement, sans en avoir l'air, avant de retourner la tête vers ses amis et de reprendre une quelconque activité alibi. June sourit une nouvelle fois, et s'assied, s'empressant de sortir toutes ses affaires avant l'arrivée du professeur.
                Parfois, elle se dit que ce beau brun s'amuse à lui sourire, rien que pour la faire rougir. Parfois, elle se dit qu'il lui sourit, tout simplement, et alors elle se contente de lui rendre son sourire avant de cacher ses beaux yeux vert derrière un pan de cheveux. Elle ne sait pas s'il lui sourit, parce qu'il en a envie ou bien s'il le fait parce que ses amis lui ont dit de le faire, pour jouer un mauvais tour à la belle brune. Que penser, lorsque sa mère a passé sept années en prison pour finir innocentée ? Que penser lorsque les parents de son père ont été tués dans une prise d'otage à Chicago ? Les gens peuvent-il réellement ignorer cela ? Peuvent-il véritablement faire comme si de rien était et sourire à June en occultant l'étiquette qui lui colle à la peau ? Elle n'ose y croire. Elle voudrait pourtant ; mais ce ne sont pas les signes encourageants qui l'étouffent. Léa fait tout ce qu'elle peut, elle aussi, pour soutenir June. Mais que voulez-vous, la brunette est sceptique.

                A la sortie de l'amphithéâtre, le soir, June sent le vent sur sa peau bronzée. Il a fait étonnement beau tout le mois de septembre cette année à Savannah et les rayons du soleil l'ont rendue plus mate, à son grand plaisir. Ses yeux émeraude en ressortent d'autant plus, ce qui n'est pas pour lui déplaire non plus. Elle se sent belle parfois, et puis d'autres jours, elle se dit que des dizaines de filles sont beaucoup plus belles qu'elle et qu'elle sera toujours seule. Quelques amies peut-être, mais seule. Elle tente de ne pas trop y penser et de laisser les jours s'écouler paisiblement. Elle tente de vivre. Elle tente d'apprécier tout ce que la vie lui donne, sans rechigner. Elle apprécie ce sourire que ce brun lui offre quelques matins. Ça oui, elle l'apprécie. Comme ce rayon de soleil qui lui parcoure la peau alors qu'elle a décidé de rentrer à la maison à pied. Comme le jus d'orange qu'elle boit le matin en regardant les enfants courir dans le boulevard... Elle apprécie.

# Posté le jeudi 28 mai 2009 16:27

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 16:06

           C h a p i t r e                 2          

           C h a p i t r e                 2          



[ Parachute _ The Mess I Made ]





                Finalement, elle change d'avis et bifurque à droite, dans la grande avenue pleine de magasins. Elle irait bien faire un tour dans celui-ci, au coin de la rue, où trônent ces belles tuniques pleines de couleur, mais elle n'a pas vraiment envie. Elle continue un peu, ses écouteurs sur les oreilles et se dirige jusqu'à chez Brad, le disquaire. Non pas qu'elle l'apprécie, lui qui est toujours à la couvrir de compliments qui la font rougir, tout en sachant qu'il n'a qu'une chose en tête. Non, elle y rentre parce qu'au milieu de ces milliers de CDs, elle se sent comme chez elle. Un rayon attire son attention. Un des groupes qu'elle adule vient de sortir un nouveau single. Ça serait idiot de l'acheter lorsqu'elle peut l'écouter gratuitement sur internet, non ? Pourtant, elle s'imagine déjà entrain de l'écouter dans sa vieille chaine, s'asseyant sur son lit, à mémoriser chaque accord de guitare, chaque parole... Alors, c'est décidé, elle va l'acheter.

- C'est un nouvel album, Junie ? lui demande sa mère en entrant dans sa chambre alors que June s'affaire à déchiffrer la radio d'un quelconque patient x que les profs leur ont donné pour établir un diagnostic.
- Oui. Brad m'a fait un prix ! ajoute la brunette en souriant.
- Bon. Ne dépense pas tout ton argent dans la musique, tout de même. Tu as été voir à l'angle ? demande Nathaly en s'asseyant sur le rebord du lit.
- Mmhh. Ils sont de belles choses.
- On ira samedi, si tu veux.
- D'accord !


                Une journée shopping. Pourquoi pas. Sa mère en a toujours été friande. Non pas que June n'aime pas ça, seulement elle a toujours plaisir à voir sa mère sourire lorsqu'elle la force à essayer des dizaines de robes colorées. Juste pour le plaisir de voir son sourire. Finalement, c'est ça qu'elle aime chez les gens. Leur sourire. Voir leur sourire et leurs yeux qui brillent. Ça la rassure en quelque sorte. Ça la rassure.
                Son portable vibre. Surement Léa. « Ne me dis pas que tu n'as pas vu ce sourire ?! ». June esquisse un sourire, en repensant à ce beau brun si mystérieux qui lui sourit presque chaque matin, sans pourtant jamais lui dire un mot. Tous les matins, quand elle entre dans l'amphithéâtre, il se retourne et lui sourit. Comme un bonjour. Un signe de bienvenue. Juste un sourire. En veut-elle plus ? Elle ne saurait le dire. Elle répond à Léa rapidement puis ferme son livre. Il lui faut une pause. À peine a-t-elle descendu les escaliers que son père l'interpelle.

- Junie, Tom au téléphone !

                Tom est en quelque sorte son cousin. C'est le fils de Becky, la meilleure amie de Nathaly. Il est son aîné de plus de dix ans. Elle prend le combiné et s'assoie dans les marches.

- Coucou cousin !
- Comment va la plus belle ?
- Bien. Et toi ?
- Justement, je peux te demander un service ?
- Encore ? ironise-t-elle. Vas-y...
- Tu pourrais afficher quelques tracts pour moi dans ta fac ?
- Des tracts ? demanda-t-elle maintenant curieuse.
- Oui, pour un concert.
- Un concert ? Ça y est, vous allez jouer ?
- Oui !
- Où ça ?
- Atlanta ! lâcha le jeune homme, excité.
- Waouh ! Monsieur s'exile !
- Arrête, c'est la seule ville dans laquelle nous ayons trouvé une salle !
- Ok, accepte-t-elle. Tu me les mets dans la boite aux lettres ?
- Pas de souci. Merci cousine !


                C'est comme ça entre eux. Tom est comme son frère. Même s'il est beaucoup plus âgé qu'elle, ils ont toujours été proches. Tom est guitariste dans un groupe qu'il a formé avec quelques copains de fac. Depuis le temps qu'ils veulent jouer devant un public... Souriant, June replace le combiné et sort dehors. Léa n'habite qu'à quelques minutes à pied. Son iPod vissé sur les oreilles, elle entame le trajet en chantant, laissant ses cheveux voler au vent et ses jambes la porter naturellement jusqu'à la maison de son amie. Léa sera ravie de la voir. Il est plus de 18h mais la jeune fille ne lui en tiendra pas rigueur. Elle débarque parfois chez June bien plus tard que ça rien que pour lui faire écouter une nouvelle chanson ! Toutefois, cette habitude commence à s'essouffler depuis que Léa n'est plus seule...
                Arrivée devant la grande bâtisse, June retire les écouteurs de ses oreilles et va frapper à la porte de la chambre de son amie, donnant directement sur l'extérieur. La blondinette lui ouvre, un sourire grand comme ça sur les lèvres et son portable accroché à l'oreille. Elle lui fait signe d'entrer. June avance et contemple les nouvelles photos ornant le mur de son amie. Quelques unes les représentent toutes les deux et beaucoup d'autres montrent Léa et son petit ami, un blondinet au sourire facile ; lui aussi guitariste d'ailleurs. Le regard de June se fixe soudain sur une des photos au dessus d'une étagère où un nombre impressionnant de vieux vinyles s'entrechoquent. La photo montre le petit ami de Léa en compagnie d'un jeune homme brun. Tous deux courent sur le sable. June fronce les sourcils. Elle se rapproche, n'en croyant pas ses yeux. Ce sourire... Elle jurerai que c'est le même. Oui, c'est le même. Sans contrôler ses gestes, elle lève la main et effleure la photo du doigt. C'est bien lui. Avec Doug. Que fait-il là ? Cette photo a visiblement été prise un été...

- C'est toi qui a pris cette photo ? demande June à Léa quand elle a raccroché.
- Non. Pourquoi ? ...Oh ! je vois...
- Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu le connaissais ?
- Harry ?
- Qui ?
- Le brun.
- Harry... répéte June doucement.
- Oui. Je ne sais pas... Je pensais que tu savais que c'est un ami de Doug !
- Je ne savais pas, dit simplement June en allant s'asseoir aux côtés de son amie.


                Léa la fixe un instant, comme surprise qu'elle n'insiste pas plus.

- Il joue avec Doug.
- Ah ?
- Pourquoi est-ce que tu fais semblant de ne pas t'intéresser à lui ? demande Léa en fronçant les sourcils.
- Je ne fais pas semblant. Je ne le connais pas.
- Justement !
- Je verrai bien.


                Cette fois, Léa se tourne vers la belle brune. Elle verrait ? Quelle étrange réponse ! Elle n'insiste pas et change de sujet. Elle se dit que toutefois, elle essaiera d'en savoir plus sur Harry. Les deux jeunes filles discutent jusque tard quand June se décide à rentrer chez elle. Elle n'a pas mangé mais trop fatiguée pour aller ouvrir le frigo, elle se contente de remonter dans sa chambre. Et bien qu'elle s'efforce de ne pas y penser, le sourire du beau brun hante son sommeil. Elle n'arrive pas à se sortir de la tête cet air tellement adorable qu'il a sur son visage tous les matins, avant de tourner à nouveau la tête vers ses amis. Il semble si charmant... C'est trop beau pour être vrai. Pourtant, c'est un ami de Dougie, il ne doit donc pas être désagréable. On aurait de toute façon du mal à le croire... Elle regrette de ne pas avoir posé plus de questions à Léa. Après tout, elle le connait. Elle aurait pu lui dire, elle, s'il est vraiment aussi adorable qu'il en a l'air. Et puis il est musicien... Rien qu'à cette pensée, la bouche de June se tord en un sourire.

# Posté le vendredi 29 mai 2009 17:43

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 15:31

           C h a p i t r e                 3          

           C h a p i t r e                 3          
[ Augustana _ Hey Now ]

                Le réveil sonne à 7h. June l'arrête et sort de la chaleur du lit en soupirant. Elle a mal dormi. Elle descend et va manger un morceau. Son ventre gargouille et ce n'est franchement pas agréable. Enfilant un slim et un chemisier blanc, quelques minutes plus tard, elle se hâte de descendre les escaliers.
                Lorsqu'elle arrive à la fac, Léa l'attend. June n'avance pourtant pas tout de suite vers son amie. Doug et Harry sont là aussi. Avancer ? Ne pas avancer ? Faire comme si elle n'a vu personne ? Non, elle ne peut pas faire ça. Elle entame finalement la marche vers les trois jeunes et attend que Léa fasse les présentations. Les garçons lui font un signe de la main, et elle a droit à son sourire. De près, c'est quand même quelque chose.
                Harry regarde June comme s'il la voit pour la première fois. Cette fille a vraiment quelque chose d'attirant qu'il n'arrive pas à s'expliquer. Léa aussi est très belle, pourtant June, elle, a quelque chose en plus. Ses yeux verts, ses cheveux châtains qui virevoltent toujours au vent, son sourire timide, sa main qu'elle passe souvent dans sa nuque... C'est un ensemble de choses qui font tourner Harry en bourrique. Depuis le temps qu'il lui sourit ainsi, chaque matin, elle n'a jamais fait un pas en avant. Elle se contente de prendre ce sourire, de lui rendre et c'est tout. Qu'est-il sensé faire ? Et comme un idiot, alors qu'elle est en face de lui, il n'a fait qu'imiter Doug et lui faire un signe de la main... il n'est pourtant pas timide...
                Léa entraine les trois autres vers l'entrée de la fac, les pressant pour ne pas être trop en retard. Harry jette un coup d'½il à la belle brune qui explique à son amie que son cousin a enfin trouvé une salle où jouer. Un musicien...

- À Atlanta ? S'extasie Léa. Waouh ! On ira Doug, hein ?
- C'est quoi comme groupe ?
- Ils font du pop rock... réplique gentiment June, des étincelles vrillant ses yeux verts.
- Mmhh. Pourquoi pas ! Il faut bien qu'on épie la concurrence, hein Harry ?
- Mmhh ? souffle le concerné en détournant son regard de June. Oui !


                Doug lui adresse un sourire qui en dit long et ils continuent leur chemin jusqu'à l'amphi en silence. June arque un sourcil quand elle comprend que les deux garçons s'asseyent à leurs côtés. Léa lui sourit à son tour et s'assit, un air innocent sur le visage.

- À quoi est-ce que tu joues ? lui souffle June.
- Moi ? À rien, enfin !


                June grogne et se concentre sur sa feuille. Et voilà qu'elle se retrouve coincée entre Doug et Léa pour trois heures de pharmacologie ! Léa en entendrait parler.

- Alors comme ça, ton cousin joue de la musique ? demande Doug.
- Oui. De la guitare ! Ce n'est pas vraiment mon cousin d'ailleurs...
- Ah ? Nous aussi tu sais, on a un groupe !
- Ah ? Et vous donnez des concerts ?
- On a été à Atlanta il y a quelques semaines aussi.
- Oh, d'accord !


                Le blondinet lui sourit. June ne peut pas nier que Léa a de bons gouts. Un musicien, beau comme un dieu, aux yeux rieurs et avec un sourire à en faire tomber plus d'une... Oui, Léa avait vraiment bon gout. La belle brunette reporte soudain son regard sur la feuille. Deux yeux azurs viennent de troubler sa vision pour quelques secondes.
                Finalement, les trois heures passent très vite. Les garçons ont été plus sérieux que June l'a pensé et ont pris des notes autant que Léa et elle. Dougie n'écrit d'ailleurs pas si mal. Harry n'a pas beaucoup parlé, même si elle a cru l'entendre murmurer quelque chose à Doug à un moment. Elle a eu beau tendre l'oreille, elle n'a pas perçu le moindre mot. Cet Harry est étonnement calme. Avec son sweat Hurley et son jean, elle l'imagine pourtant plein de vie, un sourire toujours collé sur les lèvres, une guitare à la main... Quoique... peut-être pas une guitare.

                Il est midi. Habituellement, June et Léa vont à la cafétéria, mangent en discutant puis se faufilent à la bibliothèque pour dénicher un coin de table. Seulement aujourd'hui, il y a Doug et Harry. Les quatre jeunes sont sortis de l'amphithéâtre les uns derrière les autres, sans un mot, quelques sourires complices tout au plus. June mène la marche avec Léa tandis que les deux garçons suivent un peu plus loin derrière. June n'ose pas se retourner. Léa sourit bêtement et attrape la brunette par les épaules.

- Souriez, vous êtes filmée ! chantonne-telle, faisant allusion au regard de Harry que June sent dans son dos.
- T'es chiante ! souffle June en souriant malgré elle.


                Contente d'elle, Léa sautille sur place et entraine les trois autres vers la cafétéria. June sait très bien que son amie ne la laissera pas s'en sortir ainsi, mais elle sait aussi que jamais elle ne la mettra dans une situation gênante. Léa est entreprenante, mais elle reste sa meilleure amie. Elle ne lui fera pas regretter de lui avoir accordé sa confiance. Si June est certaine d'une chose, c'est bien de celle-ci. Léa est une fille en or.
Ils entrent dans la cafétéria, Léa attrape Doug par le coude et se laisse bercer. Le blondinet lui sourit et commence à remplir son plateau à ses côtés. June suit. Harry est dernier, il attrape un plateau et le pose sur les grilles, à côté de celui de June. Mais son geste est maladroit et il bouscule le plateau de la brunette qui sursaute. Leurs regards se croisent l'espace de quelques secondes. Il veut se confondre en excuses mais la couleur des yeux de la jeune fille le prend par surprise. Il ne les a jamais vus d'aussi près. D'un vert électrisant, les prunelles de June le paralysent. Il reste là, ses yeux azurs la fixant intensément, à ne faire ni le moindre mouvement ni ne prononcer le moindre mot d'excuse. Il la fixe. Elle le fixe. Tout est silence et stupéfaction. Leurs yeux se cherchent, leurs mouvements ne sont plus, ils sont là, dans la queue à la cafétéria, à se fixer l'un l'autre, sans savoir depuis combien de temps cela dure ni pour combien de temps ils seront ainsi, incapables de bouger. Mais le moment présent s'éternise. Juste comme ça, naturellement, sans que l'un ou l'autre ne se sente gêné. Jusqu'à ce que la réalité les dépasse. Les autres étudiants dans la queue râlent, s'impatientent et certains s'adressent des clins d'½il, à voir ce grand brun muet devant June.
                Marmonnant dans sa barbe, Harry replace son plateau sur le rail et se sert une entrée. June détourne son regard du beau brun et fait de même. Son entrée. Elle doit penser à son entrée.
                Quelques minutes plus tard, alors que June paie son repas, Harry passe à côté d'elle et lui sourit. Il fait quelques pas, puis se stoppe. Une blondinette qui passe derrière l'évite de peu et bifurque en râlant. Harry fait demi-tour en une fraction de seconde, passe son bras devant June et attrape son plateau alors que la jeune fille range son porte monnaie dans son sac. Elle laisse échapper une exclamation de surprise en le voyant si proche d'elle, entrain de prendre son plateau, sans plus d'explications. Il lui sourit, une fois de plus, et fait mine de s'excuser en se dirigeant vers la table où Léa et Doug sont déjà installés.
                Un peu perdue, June tente de reprendre ses esprits et se dirige vers la table en secouant la tête, demandant silencieusement à Léa ce qui se passe. La blondinette se contente de lui faire une grimace. Trop tentée, June esquisse un sourire. Après tout, ce n'est pas un mot mais c'est un geste. Un peu plus qu'un sourire. Elle sait qu'elle ne doit pas se donner de faux espoirs, elle doit juste vivre, mais comment faire, lorsqu'un simple sourire vous donne autant de joie ? Comment ne pas espérer que cela devienne plus qu'un sourire ?

# Posté le mercredi 03 juin 2009 07:56

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 15:39

           C h a p i t r e                 4          

           C h a p i t r e                 4          
[ Audioslave _ Be Yourself ]

                Elle n'a pas le choix. Léa est assise face à Dougie, Harry est à côté de Léa. June s'avance et tire la chaise à côté de Dougie, face à Harry qui retire sa veste. Son tee-shirt Hurley bleu est d'une indécence que seule la jeune fille perçoit. Elle se concentre sur ses pieds et tente de s'asseoir sans provoquer de catastrophe. Dougie tapote le coin de table et lui lance un « viens là Junie, t'es à côté du meilleur ! », elle lui sourit et s'assoit, ne sachant comment échapper au regard azur qui lui fait maintenant face. Elle est piégée. Elle est piégée, mais n'est-ce pas ce qu'elle voulait, en quelque sorte ?
                Les conversations s'enchainent, Léa et Doug se chargent de tout. Tout y passe. Les cours, la musique, le ciné, la politique... Les commentaires fusent et les esprits se détendent. June passe souvent sa main sur sa nuque. Elle a hérité ça de sa mère. Mark le lui avait fait remarquer un soir. C'est étrange, ce genre de manie physique qui se transmet. On parle souvent des traits de caractère, mais à bien y regarder, les gestes sont bien souvent plus similaires. June elle, comme Nath, passe sa main sur sa nuque, quand elle est anxieuse ou gênée. Elle ne le contrôle pas. L'avantage est qu'après elle tente de se contenir. Ce genre de manie, ça se remarque.

- Au fait, vous avez déjà un groupe pour le projet de décembre ? demande Doug alors que Léa déguste son gâteau au chocolat.
- Un groupe ?
- Oui, le maitre de conférences a dit qu'il fallait se mettre en groupe.
- Ah... non.
- On se met ensemble ?
- Tous les quatre ? intervient June.
- Pourquoi pas ? répond Harry.
- Oui, c'est d'accord. Et puis au moins, on se connaît, parce que les travaux en groupe avec les autres... non merci ! lâche Léa en riant.


                June esquisse un sourire. Il est vrai qu'elles avaient déjà fait de mauvaises expériences en travaillant avec d'autres filles de la promotion l'an passé.
                Léa a le temps de lui adresser un clin d'½il avant que la sonnerie n'interrompe les quatre jeunes. Les plateaux s'entrechoquent, la cafétéria se vide, June attrape Léa au vol à la sortie du bâtiment. Un « contente ? » est glissé à l'oreille de la jeune blonde, laquelle se contente d'un sourire triomphal avant d'entrainer son amie vers la salle de TP.
                L'après-midi s'écoule dans la même ambiance, les quatre jeunes assistent aux cours les uns à côté des autres, entre sourires et plaisanteries, tous apprécient le moment présent. Harry ne se révèle pas très bavard mais ça ne manque pas. Ses sourires et ses regards veulent autant dire que les mots qu'il pourrait utiliser. Léa n'en dira pas plus et June se contentera du peu. Elle ne veut pas se montrer trop curieuse.

* * *

                La jeune fille attend Léa avec impatience. Le mois de novembre est finalement arrivé et c'est ce soir que Tom joue à Atlanta. Elles ont prévu de partir ensemble, avec Doug. June a préparé les sandwiches et attend son amie, sur le parvis devant la maison. Elle est assise sur le muret et bât la mesure avec son pied. Tom lui a donné quelques chansons du groupe il y a deux jours et elle connaît déjà les paroles par c½ur. Le concert de ce soir risque d'être époustouflant. Le bruit d'une voiture se rapproche. June ne relève pas la tête jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que le véhicule se stoppe à sa hauteur. Elle retire ses écouteurs et écarquille les yeux. Doug descend d'une Comète des années soixante par la portière passager avant de venir lui faire la bise. Ne comprenant pas, June le salue et s'apprête à lui demander ce qu'il fait là en voiture avant de saisir ce qui se passe. Un grand brun sort du côté conducteur, jouant avec les clés et tapant de sa main libre sur son genou. Un batteur. Elle aurait du s'en douter.
                Harry s'approche, sourit à June et lui fait la bise à son tour, avant de lui offrir son sourire si particulier.

- Tu vas bien ? demande-t-il.
- Oui, merci. Et toi ?
- Quand on va à un concert, ça va toujours ! avoue Harry.


                June esquisse un sourire et prend son sac. Doug lui ouvre le coffre tandis qu'Harry prend la place de June sur le muret. Léa se fait attendre. Doug secoue la tête et regarde sa montre.

- Tu l'as appelée ? demande-t-il à June.
- Il y a une heure oui, elle m'a dit qu'elle serait là, je ne...
- J'arrive !


                Léa accoure en souriant à quelques mètres de là. Elle jette son sac à l'arrière de la décapotable et saute sur la banquette arrière en s'esclaffant.

- Je suis désolée Doug !
- Mmhh. C'est toi qui voulais y aller à ce concert, quand même.
- Je n'ai que deux minutes de retard, chou !


                Aussi improbable que ça puisse paraître, Doug se radoucit instantanément et monte devant, ne répliquant rien. Harry hausse les épaules en riant et se dirige à son tour vers la voiture.

- Allons-y, déclare-t-il.

                La Comète foule l'asphalte à vitesse raisonnable. Le soleil brille, Harry conduit souplement, cela rappelle à June la façon dont son père conduit. Avec son Impala des mêmes années... Les coïncidences sont troublantes ! Souriant à cette constatation, June retire les écouteurs de ses oreilles et tourne la tête vers la gauche. Le paysage défile à une vitesse fulgurante mais elle aperçoit déjà les lumières de la grande ville au loin. Ils seront bientôt arrivés. Léa semble prête à dormir à la droite de June, elle a la tête ironiquement penchée vers la vitre et ses cheveux volent au vent tandis que Dougie, aux côtés d'Harry dort déjà depuis une heure. Retenant un rire, June reporte son regard sur sa gauche. Son regard accroche celui d'Harry dans le rétroviseur. Le jeune homme soutient son regard et lui sourit, une fois de plus. Il semble près à prendre la parole mais June le devance, se penchant pour ne pas réveiller les deux dormeurs.

- Alors comme ça, tu es batteur ?
- Mmhh, mmhh. Tu joues de la musique aussi ?
- Non. Mais j'aimerais !
- Et ton cousin, il joue de la guitare c'est ça ?
- Oui. Ils sont deux guitaristes je crois.
- Et ils ont déjà joué ?
- Non, je ne crois pas, ça fait un moment déjà qu'ils étaient à la recherche une salle.
- Oui, on avait eu du mal avec les gars à trouver aussi.


                June se recule un peu et pose son bras sur le haut de la portière. Le vent lui fouette le visage mais elle ne s'en soucie guère. Ses cheveux volent et l'autoradio qu'Harry vient d'allumer leur offre un classique. Dream on d'Aerosmith. Les notes s'échouent dans l'air, June ferme ses paupières et fredonne les paroles. Harry l'observe dans le rétroviseur. Ses lèvres remuent lentement et le vent qui fait voler ses cheveux la rend si paisible qu'on pourrait croire qu'elle dort. Penchée sur son bras, elle est comme à moitié dans la voiture, à moitié ailleurs... Tel un ange tombé du ciel. Un ange qui chante de l'Aerosmith et qui lui sourit tous les matins, parce que cet idiot ne fait que lui sourire. Il ne fait que lui sourire alors qu'il voudrait lui tenir la main. Il voudrait faire le chemin avec elle le matin, lui apprendre à jouer de la batterie, lui faire écouter les chansons qu'il compose... Elle replace une mèche de cheveux derrière son oreille et rouvre les yeux. Son regard émeraude paralyse pour un instant le batteur qui reporte son attention sur la route. Plus que quelques kilomètres. Plus que quelques kilomètres et il ne verra plus l'ange dans son rétroviseur.

# Posté le dimanche 07 juin 2009 17:40

Modifié le jeudi 22 octobre 2009 16:53